Séminaire de l’Ecole doctorale de l’Université de Lille 2
Année 2009-2010
DE LA TRANSGRESSION
conçu et animé par Michel Hastings (CEPEN/IEP de LILLE), Loïc Nicolas (GRAL/ULB et GSPM/EHESS) & Cédric Passard (CEPEN/IEP de Lille)
Présentation // Programme 2009-2010
L’étymologie du mot transgression renvoie à l’idée de passer outre, de franchir une frontière. À cette définition première, vient s’ajouter une approche notionnelle plus consistante qui évoque notamment une infraction jugée socialement intolérable consistant à violer délibérément une norme, elle-même garante d’un ordre supérieur. La transgression, ou plutôt l’idée que l’on s’en fait, relève donc de ce travail que les sociétés mènent afin de s’inventer les bornes de leur espace moral et culturel.
Ainsi rapidement approchée, la transgression met en jeu des questions essentielles. Elle interroge tout d’abord sur ce que les sociétés considèrent comme devant relever d’une interdiction radicale sur ces choses et ces personnes qu’elles entendent protéger de manière absolue, ces choses qu’il ne saurait s’agir ni de vendre, ni de donner ni d’échanger, mais de conserver en l’état. En ce sens, la transgression parle de la sacralité et surtout de la sacralisation – de ce qui, d’une manière ou d’une autre, se trouve mis à l’écart, séparé du monde ordinaire – comme expérience fondatrice de l’ordre social et politique.
La transgression évoque également le défi suprême, la désobéissance radicale, celle qui suggère les sentiments les plus profonds de l’effroi et de l’horreur, celle qui construit les figures les plus abjectes du monstre et de l’hérétique, celle qui sollicite les formes les plus définitives voire cruelles de châtiment et de réparation. La transgression se présente donc, dans le débordement, l’oubli ou la négation de l’univers topique (les lieux communs) qu’elle supporte, comme une mise à l’épreuve des sociétés et de leur capacité à réactiver les dispositifs de l’indignation.
La transgression ne peut enfin faire oublier qu’elle constitue un élément important des dynamiques de changement et d’expression critique. De nombreuses mutations sociales, politiques, économiques ou culturelles sont nées d’un acte considéré à l’époque comme sacrilège – acte qui, dans sa survenue même, révélait l’espace de la séparation, et amenait à l’interroger. Bien entendu, l’art, notamment l’art moderne et contemporain, joue des rituels transgressifs pour repousser constamment les lignes de l’acceptable. Dans les domaines de la politique, de l’économique, du religieux et du linguistique également, les figures du dissident, de l’hérétique, du sophiste ont contribué à enfreindre des tabous, à bousculer les frontières du tolérable, au prix souvent de leur sacrifice, mais leur acte hier jugé « déviant » est parvenu à fonder de nouveaux cadres cognitifs ou registres de valeurs, autant que de nouvelles institutions. De fait, la transgression peut aussi participer d’un projet inaugurateur et instituant.
Ce séminaire doctoral se propose donc de croiser les regards disciplinaires (historique, sociologique, rhétorique, juridique, philosophique, politique, etc.), sur l’expérience de la transgression, de réfléchir aux enjeux qu’elle représente, d’essayer d’en démonter les logiques d’élaboration et de reconnaissance, bref de mieux comprendre ce qui se joue dans ce terrible effet de catégorisation, c’est-à-dire de qualification. Les intervenants présenteront librement leurs réflexions autour du sujet et engageront la discussion avec les modérateurs et le public.
Contact :
michel.hastings@iep.univ-lille2.fr ; loic.Nicolas@ulb.ac.be ; cedric.passard@iep.univ-lille2.fr
Programme 2009-2010
Le séminaire, organisé par le CEPEN (IEP de Lille) et le GRAL (Université Libre de Bruxelles) a reçu le soutien de la Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société (MESHS) de Lille
Séance du 19 novembre 2009 : Transgression et politique
Philippe Braud (IEP de Paris) : « Le concept de transgression : un nouvel outil pour les politistes ? »
Sébastien Schehr (Université de Nancy 2-LASURES) : « La trahison comme transgression. »
Lieu : Institut d’Etudes Politiques de Lille. Salle : B 2.1
84, rue de Trévise 59000 Lille. Métro : Porte de Valenciennes
Séance du 3 décembre 2009: Dire et transgresser la norme juridique
Marcela Iacub (CNRS-CENJ) : « L’histoire de l’obscénité dans la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis. »
Guy Haarscher (Université Libre de Bruxelles-Centre Perelman) : « Blasphème et propos racistes : des transgressions à ne surtout pas confondre. »
Lieu : Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales. Salle : R3.36 (3ème étage).
1, place Déliot 59000 Lille. Métro : Porte de Douai.
Séance du 28 janvier 2010 : Éléments de philosophie politique
Myriam Revault d'Allonnes (Ecole Pratique des Hautes Etudes – GSRL) : « Modernité, autorité et transgression. »
Michel Terestchenko (Université de Reims, IEP Aix-Marseille) : « Torture et démocratie : entre transgression et légitimation. »
Lieu : Institut d’Etudes Politiques de Lille. Salle : B 2.11-12
Séance du 11 février 2010 : De l’art de transgresser
Philippe Roussin (CNRS/EHESS-CRAL) : « La transgression : les implicites d’une notion. »
Christelle Reggiani (Université de Lille 3) : « L’écriture oulipienne comme transgression. »
Nathalie Heinich (CNRS/EHESS -CRAL) : « De la transgression en art contemporain. »
Lieu : Institut d'études politiques de Lille. Salle : B 4.14 (4ème étage)
Séance du 11 mars 2010 : Risques sanitaires et normes morales
Marie-Angèle Hermitte (CNRS/EHESS-CENJ) : « L’Action en justice comme art de la transgression. »
Nicolas Dodier (INSERM/EHESS-GSPM) : « Transgressions et réparation : les victimes d’une tragédie collective. »
Lieu : Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales. Salle : R3.36.
Séance du 25 mars 2010 : Massacres et violences extrêmes
Élisabeth Claverie (EHESS-GSPM) : « Techniques de l’épuration ethnique, le cas de Visegrad en Bosnie. »
Christian Ingrao (CNRS-IHTP) : « Transgresser la barrière corporelle : anthropologie du massacre génocidaire. »
Lieu : Institut d’Etudes Politiques de Lille. Salle : B 2.1
Séance du 6 mai 2010: Paroles transgressives et anthropologie des énoncés magiques
Jeanne Favret-Saada (Ecole Pratique des Hautes Etudes) : « Désorceler : la transgression restauratrice. »
Emmanuelle Danblon (FNRS/ULB-GRAL) : « Discours magique, discours rhétorique : quelle place pour la transgression ? »
Lieu : Institut d’Etudes Politiques de Lille. Salle : B 2.1

Séance de Conclusion du 20 mai 2010
Georges Balandier (Ehess-CEAF) :
« La transgression dans un projet d’anthropologue-sociologue. »
Lieu : MESHS. Salle : Espace Baeïtto (face à Euralille).







